Idée

Un dossier collectif conservé dans l'ordre où il a été produit ne dit à personne où il en est

Idée principale

Le conseil syndical d'une résidence suit un ravalement de façade. Rien ne manque au dossier : des centaines de mails, les comptes rendus de réunion, les devis, les photos, les plannings successifs de l'entreprise, les échanges avec le syndic, les réclamations des copropriétaires. Tout pourrait être relu.

Ce dont les membres ont besoin n'y est pourtant écrit nulle part : où en est réellement le chantier, ce qui a été décidé et ce qui a seulement été discuté, ce qui reste fragile, ce qu'il faut faire maintenant. Chaque support range dans son propre ordre — la boîte mail par date, le dossier partagé par nom de fichier, le compte rendu dans l'ordre de la réunion — et aucun de ces ordres n'est celui de la situation.

Tout est conservé, rien n'est situé. La situation du dossier n'existe que dans les têtes, et chacune en contient une version différente.

Pourquoi c'est important

Cela déplace le diagnostic : le problème d'un dossier qu'on n'arrive pas à reprendre n'est pas un manque d'archives, et en archiver davantage n'y change rien. Ce qui manque est une représentation de l'état, distincte de la trace de ce qui a été produit.

Cela explique aussi le coût récurrent des débuts de réunion : vingt minutes à reconstruire, de mémoire et à plusieurs, une situation qu'aucun document ne porte.

Nuances et limites

L'archive reste indispensable : c'est elle qu'on rouvre quand l'état est contesté ou qu'il faut retrouver une preuve. L'état ne la remplace pas, il évite seulement de devoir la relire pour savoir où on en est.

Questions ouvertes

  • Qui, dans un groupe de bénévoles sans hiérarchie, tient l'état d'un dossier quand aucun rôle n'en a la charge ?