Idée

Les formes du système d'information sont des réponses techniques, pas des formes de pensée

Idée principale

Les tables, les colonnes, les vues filtrées, les formulaires, les pages hiérarchiques et les dossiers n'ont pas été choisis parce qu'ils correspondaient à la façon dont on travaille. Ils ont été choisis parce qu'il fallait bien stocker quelque part, définir des champs, rendre la recherche possible et donner une forme stable à ce qui entrait dans l'entreprise. Ce sont des réponses à des contraintes de machine.

Personne ne pense en tables. Quand un product manager travaille sur un sujet, il manipule des objectifs, des décisions, des risques, des contradictions, des hypothèses, des preuves, des signaux faibles, des règles implicites et des exemples — et il les relie, il les hiérarchise, il les rattache à un but. La tête fonctionne par liens, par priorités, par contextes ; l'outil fonctionne par objets.

Cet écart n'est pas un défaut d'ergonomie qu'une meilleure interface corrigerait. Il est dans la nature des formes retenues, et il se paie à chaque fois qu'un travail doit être aplati pour entrer dans un champ.

Pourquoi c'est important

Cela interdit de lire l'organisation actuelle de l'information comme un choix de conception réfléchi qu'il faudrait respecter. Ce qui a été bâti sous contrainte technique n'a pas à survivre à la disparition de la contrainte.

Cela donne aussi la raison pour laquelle les utilisateurs remplissent mal les champs : ils ne sont pas négligents, ils traduisent. Chaque saisie est une conversion d'une pensée reliée vers une structure qui ne l'est pas, et la conversion perd à chaque fois.

Nuances et limites

Ces formes ne sont pas mauvaises pour autant. Une table de commandes, un état de workflow, un système de droits font exactement ce qu'on leur demande, et rien de plus souple ne les remplacera.

La limite ne porte donc pas sur les objets métier, elle porte sur ce qu'on leur a demandé en plus : servir aussi de mémoire de travail.

Questions ouvertes

  • Quelles structures résistent à l'aplatissement — un graphe, un ensemble de notes reliées — sans redevenir illisibles à l'échelle d'une entreprise ?