Idée principale
Devant un fichier à ranger, le réflexe est de regarder son sujet. Un guide de traduction parle de la traduction anglaise d'un livre : on le pose donc auprès du livre, avec le manuscrit, les dossiers de langue et les scripts. Le critère employé est celui du sujet, et il paraît si évident qu'on ne le formule même pas.
Un second critère existe, et il ne donne pas le même résultat : que fait ce document ? Le guide de traduction n'est ni un chapitre, ni une traduction, ni une annexe ; aucun lecteur du livre ne le lira jamais. Il ne s'ajoute pas aux résultats du travail, il détermine comment les résultats suivants devront être produits — quels critères appliquer quand une phrase sonne trop littérale, où stabiliser un terme qui bouge d'un chapitre à l'autre, quels contrôles passer avant d'accepter une traduction.
Les deux critères se séparent exactement là : le guide ne décrit pas ce que le travail a produit, il modifie la manière dont ce travail doit produire. Rangé auprès du livre, il devient un document de plus à côté des autres ; rangé à la tête de l'espace de travail, il devient une règle opposable à toutes les traductions qui suivront.
Pourquoi c'est important
Le critère du sujet et celui de la fonction coïncident tant qu'on ne traite que des objets prévus : une source parle du sujet et sert de source, un chapitre parle du sujet et est un chapitre. Ils divergent dès qu'apparaît un document qui parle d'un travail sans en faire partie — une charte éditoriale, une convention de nommage, une grille de relecture, un protocole d'entretien. Le rangement par sujet les enfouit au milieu de la matière qu'ils gouvernent, où plus personne ne les lit au bon moment.
La question qui départage tient en une phrase : ce document produit-il un résultat, conserve-t-il une connaissance, décrit-il l'état actuel, ou gouverne-t-il les actions futures ?
Nuances et limites
La fonction d'un document n'est pas toujours visible à sa naissance. Le guide de traduction est né comme une liste de remarques prises au fil d'une relecture ; rien, à ce moment, ne le distinguait d'une note de travail. C'est l'usage qu'on décide d'en faire — le lire avant chaque nouvelle traduction — qui l'a fait passer d'un côté à l'autre.
Un même document peut aussi porter les deux fonctions : un lexique de traduction contient des choix arrêtés, qui gouvernent, et des hésitations en cours, qui n'engagent rien. Le classer d'un bloc revient à traiter les secondes comme les premières.
Questions ouvertes
- Que faire d'un document dont la fonction change après coup : le déplacer, au risque de casser les chemins qui le référencent, ou le laisser où il est et perdre le critère ?