Idée principale
Deux choses s'accumulent dans un espace de travail partagé avec un assistant, et rien dans leur forme ne les distingue : ce qu'on lui apprend sur le sujet, et ce qu'on lui apprend sur la manière de le traiter. « Quand deux personnes portent le même nom de famille dans les mails de la copropriété, sers-toi du sens du message pour retrouver leur prénom et leur entreprise » n'énonce aucun fait sur la copropriété. C'est une règle de traitement. « Chaque post LinkedIn défend une seule idée, jamais un résumé de l'article entier » n'énonce rien sur les articles à traiter. C'est une contrainte de production.
La frontière est celle des ingrédients et de la recette. Un fait sur le sujet appartient aux sources ou aux notes, il se vérifie, il se date, il peut devenir faux. Une directive ne se vérifie pas contre le terrain : elle encode une connaissance de méthode que seul celui qui commande possède — souvent parce qu'il a déjà vu le traitement échouer sans elle.
De cette différence de nature découle une différence de traitement. La directive appartient au noyau rechargé à chaque session, elle vaut pour les vingt-sept posts et pour les cinq cents mails, et une règle établie en semaine 1 s'applique encore en semaine 6 sans être répétée. C'est le seul endroit du dispositif qui soit cumulatif au sens strict : plus la mission avance, plus l'assistant travaille comme celui qui l'a posée.
Pourquoi c'est important
Cela donne un test à appliquer à chaque chose qu'on écrit dans un espace de travail : est-ce vrai du sujet, ou vrai de la façon dont je veux qu'on le traite ? Les deux réponses n'envoient pas au même fichier, et les mélanger produit un fichier de règles où se glissent des faits périssables — donc des règles qu'on applique longtemps après qu'elles ont cessé d'être justes.
Cela dit aussi où se loge l'expertise dans un travail assisté. Elle n'est pas dans la matière, qui est largement disponible : elle est dans les quelques règles de traitement qu'on est seul à connaître, et qu'aucune quantité de sources ne fera émerger.
Nuances et limites
La distinction s'obscurcit dès que la méthode dépend du terrain. « Traiter les mails du syndic avant ceux des prestataires » est une règle de travail qui repose sur un fait de la copropriété ; si le fait change, la règle est fausse et rien ne le signale, puisqu'elle a été rangée du côté de ce qui ne se périme pas.
Et le caractère cumulatif se retourne. Des directives qui s'empilent pendant des semaines finissent par se contredire entre elles, et c'est l'assistant qui arbitre en silence, sans que personne ait tranché.
Questions ouvertes
- À quelle occasion relit-on un fichier de directives, sachant qu'il est rechargé à chaque session précisément pour ne plus avoir à y penser ?