Idée

Découvrir après coup une tradition voisine ne fait ni un emprunt ni une identité

Idée principale

Les cartes piliers — quelques idées structurantes tenues sur des cartes qu'on revisite et confronte — ont été mises en place plusieurs mois avant la découverte du KJ法 de Jirō Kawakita. La rencontre est donc réelle et tardive, et elle n'autorise aucune des deux conclusions faciles.

Elle n'autorise pas « j'avais eu la même idée » : le KJ法 part d'un matériau dispersé pour en faire émerger une structure par regroupements successifs, là où les cartes piliers maintiennent vivantes quelques idées déjà stabilisées. Les finalités diffèrent.

Elle n'autorise pas davantage « c'est du KJ法 sans le savoir » : un air de famille — sortir des unités de pensée de sa tête, les rendre manipulables, les maintenir autonomes, les rapprocher pour continuer à penser — n'est pas une identité de méthode. Une technique de centrale nucléaire n'est pas l'ancêtre d'un système de mémoire pour IA parce qu'elle comporte un handoff.

Il faut pouvoir tenir les deux phrases ensemble : c'est assez proche pour être intéressant, et ce n'est pas la même chose.

Pourquoi c'est important

Cela donne la posture qui rend une recherche d'antériorité honnête supportable. Sans elle, chaque découverte devient soit une humiliation — tout était déjà fait — soit une revendication — j'avais trouvé pareil —, et dans les deux cas on cesse de regarder.

Cela protège aussi de la dérive inverse, plus insidieuse : à force de chercher des antécédents, on finit par en fabriquer, en expliquant sur dix lignes pourquoi deux choses pourraient vaguement se ressembler.

Nuances et limites

La frontière entre parenté et identité relève du jugement, pas d'un critère. Deux lecteurs de bonne foi peuvent trancher différemment sur le même couple.

Et la position est instable dans le temps : une méthode qui évolue peut se rapprocher d'une tradition dont elle était distincte, sans que personne ne rejoue la comparaison.

Questions ouvertes

  • Que fait-on d'une parenté reconnue mais non empruntée quand vient le moment de publier : on la cite comme influence, comme voisine, ou on ne la cite pas ?