Idée principale
Devant une citation, une phrase de lecture ou une formulation entendue en réunion, il n'existe pas de liste de cases qui dirait si elle doit rejoindre le petit ensemble d'idées qu'on veut avoir en tête. Ce qui décide est un effet immédiat : on lit la phrase et on a l'impression de reconnaître quelque chose. « C'est ça. »
Cet effet est daté et situé. Il dépend du parcours, des lectures, des expériences et des questions ouvertes de celui qui lit, à ce moment-là. Une phrase qui produit cette reconnaissance chez une personne peut laisser une autre parfaitement indifférente, sans que l'une ait raison contre l'autre.
Cette subjectivité n'est pas un défaut du critère, c'est ce que le critère sélectionne. Une base de notes peut viser l'utilité, qui s'argumente ; un noyau de convictions vise ce qui structure une manière de voir, qui ne s'argumente pas et ne cherche pas le consensus.
Pourquoi c'est important
Cela interdit de déléguer la sélection. Une grille peut être appliquée par un tiers, une machine, une équipe ; la reconnaissance ne peut être constatée que par celui qui la ressent.
Et cela protège de la dilution : un critère objectif laisserait entrer tout ce qui est juste et bien pensé, c'est-à-dire beaucoup trop.
Nuances et limites
La reconnaissance à chaud n'est pas une garantie : elle peut être produite par le style plus que par le fond. Elle sélectionne des candidats, elle ne valide rien — l'épreuve vient ensuite, dans le temps.
Et la rationaliser à l'excès la détruit : chercher à justifier après coup pourquoi telle phrase a résonné revient à repasser par la grille qu'on venait d'écarter.
Questions ouvertes
- Peut-on entretenir les conditions de la résonance, ou ne fait-on que la constater quand elle se produit ?