Idée principale
Séparer celui qui conçoit de celui qui exécute avait une raison chiffrable. Traduire un besoin, documenter, rédiger, mettre en forme, tenir des tickets à jour coûtait assez cher en temps pour qu'on crée un poste dédié à absorber cette tuyauterie. La division n'a pas été choisie pour ses vertus : elle a été payée parce qu'elle revenait moins cher que l'alternative.
Quand ce coût s'effondre, la justification tombe et la division ne tient plus que par l'habitude, l'organigramme et les carrières qu'elle a créés. Rien du produit ni du marché n'a changé. Dans le cas du produit, l'automatisation ne crée donc pas le problème de la séparation : elle retire la dernière excuse pratique dont on disposait — « en théorie celui qui conçoit devrait suivre jusqu'en production, mais concrètement il n'a pas le temps ».
Recruter aujourd'hui sur une fiche de poste construite autour de la transmission d'information revient à optimiser un circuit déjà obsolète.
Pourquoi c'est important
Cela donne un critère d'anticipation sur les organisations : repérer quelles divisions du travail reposent sur un coût en train de baisser, et lesquelles reposent sur autre chose.
Et cela désamorce un faux débat : la question n'est pas de savoir si un outil sait faire le travail d'une personne, mais si ce qui justifiait de découper ce travail existe encore.
Nuances et limites
« Pas longtemps » se compte parfois en décennies. Une division du travail se maintient aussi par le pouvoir, les carrières, les conventions de marché et les conventions collectives, longtemps après la disparition de son motif économique.
Et un coût qui s'effondre n'est pas un coût qui disparaît : l'exécution déléguée revient sous forme de cadrage, de relecture et de supervision, ce qui peut suffire à justifier le maintien d'un poste, mais rarement le même.
Questions ouvertes
- Quel indice permet de repérer, avant la réorganisation, qu'une division du travail ne tient plus que par l'organigramme ?