Idée

Une proposition qui gêne oblige à formuler la règle qu'on gardait implicite

Idée principale

Recevoir une réponse conforme à son attente ne demande rien. Recevoir une proposition qu'on trouve étrange — ranger dans la zone des choses stables un guide de traduction écrit la veille et encore en mouvement — oblige à dire pourquoi elle gêne. Et pour le dire, il faut sortir la règle qu'on croyait connaître, l'écrire, la confronter au cas.

C'est à ce moment que l'opération se retourne. En cherchant le défaut du raisonnement d'en face, on trouve celui du sien : la définition mobilisée pour objecter — la zone stable est celle de ce qui ne change pas — ne résiste pas à l'objet qu'elle devait écarter. La gêne était juste, son motif ne l'était pas.

Ce que produit la proposition n'est donc pas la bonne réponse, mais l'obligation d'expliciter. Une réponse qui va de soi laisse la définition tacite intacte, et une définition tacite ne peut ni être corrigée ni être transmise.

Pourquoi c'est important

Cela donne une valeur à des propositions qu'on écarte ordinairement en une seconde. L'utilité d'un interlocuteur — humain ou assistant — ne se mesure pas à la justesse de ce qu'il propose, mais à ce que sa proposition force à formuler chez celui qui la reçoit.

Cela suggère aussi un geste simple : devant une sortie qui paraît fausse, écrire la règle qu'elle viole avant de la rejeter. C'est peu coûteux, et c'est la seule manière de découvrir que la règle est floue.

Nuances et limites

La gêne peut n'être qu'une habitude, et l'explicitation confirme alors ce qu'on savait déjà — le bénéfice est nul, le temps est dépensé.

Le mécanisme s'épuise aussi par la répétition : un interlocuteur qui propose sans cesse des choses étranges cesse d'être examiné, et la règle qu'il aurait pu faire apparaître ne l'est plus.

Questions ouvertes

  • Comment trier les propositions qui méritent l'examen quand un assistant en produit plusieurs par séance et qu'aucune ne porte de signal de sérieux ?