Idée

Un désaccord explicite localise le problème, l'alignement de façade le disperse

Idée principale

Un désaccord formulé est inconfortable, mais il a une propriété rare : il dit où il se trouve. On peut dire que l'on ne s'entend pas sur la priorité, sur le niveau de risque acceptable, sur la définition du succès, sur le client visé. Le conflit a une adresse, donc quelqu'un peut le traiter.

Un accord de façade fait l'inverse. En sortie de réunion, le marketing entend une promesse ambitieuse, le produit une version plus prudente, le commerce un argument de vente, la finance un coût contenu, la direction une orientation stratégique. Chacun retrouve assez de sa logique pour accepter la formulation. Le conflit n'a pas disparu : il est devenu illisible, réparti entre cinq lectures qu'aucune réunion n'a mises face à face.

L'illusion d'alignement est donc parfois plus dangereuse que le désaccord ouvert, non parce qu'elle serait plus grave, mais parce qu'elle retire au problème son point d'application.

Pourquoi c'est important

Cela renverse le réflexe qui consiste à mesurer la santé d'une instance au nombre de conflits qu'elle évite. Un comité qui produit beaucoup de désaccords explicites peut être en meilleur état qu'un comité qui n'en produit aucun.

Cela donne aussi une raison pratique de faire reformuler la décision par chaque fonction en fin de séance : c'est le seul moyen de voir que cinq lectures coexistent.

Nuances et limites

Tous les désaccords ne gagnent pas à être explicités au même moment : sur un sujet encore instable, ouvrir un conflit de priorité fige des positions que la suite aurait dissoutes.

Et un désaccord explicite mal qualifié peut disperser autant qu'une façade : nommer « conflit de personnes » ce qui est un conflit de critères déplace l'adresse au lieu de la donner.

Questions ouvertes

  • À quel moment d'une discussion l'explicitation d'un désaccord cesse-t-elle d'être prématurée ?