Idée principale
Le poste de travail fixe impose une condition d'accès : il faut être devant l'écran, disponible, dans un état où l'on est prêt à organiser sa pensée. Cette condition paraît anodine parce qu'elle décrit le moment où l'on travaille.
Mais beaucoup d'idées n'arrivent pas dans cet état. Elles arrivent quand le corps fait autre chose — en marchant, dans les transports, en sortant d'un appel, le soir quand le sujet continue de tourner. Un outil qui exige la position de travail ne rate pas quelques idées au hasard : il rate systématiquement toute une classe d'idées, celles dont l'apparition est corrélée à l'absence de bureau.
Pourquoi c'est important
Le biais est invisible depuis l'outil. Il ne produit ni erreur ni alerte : il produit simplement un corpus qui ne contient jamais ce qu'il n'a pas pu recevoir. On attribue alors le manque à soi-même — « je n'ai pas eu d'idées » — plutôt qu'à la condition d'accès.
C'est aussi ce qui distingue la mobilité comme confort de la mobilité comme couverture. Pouvoir travailler ailleurs est agréable ; pouvoir capter ailleurs change ce qui entre dans le système.
Nuances et limites
L'accessibilité permanente a son revers : un outil disponible à tout moment rend aussi possible de travailler à tout moment, ce qui n'est pas la même chose que capter à tout moment.
Et certaines tâches exigent réellement la position de travail. La critique porte sur la capture, pas sur la rédaction.
Questions ouvertes
- Existe-t-il un moyen de vérifier ce qu'un outil a raté, ou l'absence est-elle par nature inobservable ?