Idée principale
Dans une organisation très spécialisée, celui qui pouvait agir sur un domaine était aussi celui dont c'était le domaine : le développeur écrivait le code et en répondait, le designer dessinait l'interface et en répondait. Capacité d'action et responsabilité se superposaient, si bien qu'il était rarement nécessaire de dire qui répond de quoi.
Quand une IA permet à un commercial de construire un outil interne, à un Product Manager de modifier une interface ou à un développeur de trancher un comportement produit, la capacité d'agir circule entre les métiers. La responsabilité, elle, ne circule pas avec elle : le commercial qui construit l'outil ne devient pas responsable de la sécurité de la plateforme, le PM qui touche l'interface ne devient pas garant du système de design. Pouvoir agir et répondre du domaine, qui allaient ensemble, se séparent.
Pourquoi c'est important
Cela explique pourquoi le brouillage des métiers ne supprime pas les rôles mais oblige à rendre les responsabilités explicites : la superposition ne les protégeait plus, il faut désormais les nommer. Et cela donne un test simple devant une contribution venue d'ailleurs : la question n'est plus « qui a le droit de toucher à quoi ? » mais « à partir de quel niveau de risque ou de nouveauté la garantie du domaine doit-elle reprendre la main ? ».
Nuances et limites
La superposition n'a jamais été parfaite : même dans un fonctionnement très spécialisé, des responsabilités flottaient entre les métiers. L'IA ne crée pas la séparation, elle la rend visible et fréquente. Et rendre les responsabilités explicites ne suffit pas : si chaque contribution doit être validée par le domaine concerné, on recrée les anciens passages obligés sous un nouveau nom.
Questions ouvertes
- Quel niveau de risque ou de nouveauté faut-il fixer pour qu'un domaine reprenne la main, sans que ce seuil ne se transforme en validation systématique ?