Idée principale
Un membre du conseil syndical croise le chef de chantier dans la cour : la nacelle du bâtiment C est repoussée, peut-être de deux semaines, peut-être plus. Cette information n'existe nulle part ailleurs que dans sa mémoire. Ce n'est pas une faute : un chef de chantier dit dans une cour ce qu'il n'écrirait jamais dans un mail, un syndic dit au téléphone ce qu'il ne mettrait pas dans un compte rendu.
Faute d'endroit où aller, une information orale finit de deux façons : perdue, ou répétée jusqu'à passer pour une certitude. La troisième voie consiste à la faire entrer dans le dossier telle quelle, avec ce qui permet de savoir quoi en faire — d'où elle vient (le chef de chantier, oralement), quand (mardi dernier), son statut (rapportée, à confirmer par écrit). Dictée en deux phrases sur un téléphone, elle devient située.
Pourquoi c'est important
Une grande partie de l'information utile d'un dossier circule par les couloirs. Un dispositif qui n'accepte que les écrits officiels se prive précisément de ce qui arrive en premier ; un dispositif qui l'accepte sans statut la transforme en fait.
Le statut porte aussi la prochaine action : « à confirmer par écrit » dit déjà ce qu'il faut demander.
Nuances et limites
L'information orale peut être rapportée de travers dès la première transcription ; le statut dit qu'elle est fragile, il ne garantit pas qu'elle a été bien entendue.
Questions ouvertes
- À partir de quand une information orale jamais confirmée doit-elle sortir du dossier plutôt que d'y rester fragile ?