Idée

L'économie informelle ne se définit pas par l'absence de technologie : elle s'équipe

Idée principale

On se représente l'économie informelle comme un reste : du liquide, de la débrouille, une zone que les dispositifs modernes n'ont pas atteinte. L'image suppose que l'informalité et l'équipement technique s'excluent.

Dans l'État de Rio, ils coexistent sans difficulté. Des vendeurs circulent sur le sable avec boissons, maté et glaces et encaissent en liquide, par carte ou par virement instantané. Des coiffeuses à domicile, des promeneurs de chiens, des couturières, des personnes qui préparent des gâteaux pour des fêtes se font payer de la même façon. Un vendeur de fruits arrive en vieille camionnette dans un quartier résidentiel fermé, découpe des ananas dans la rue, et dispose d'un terminal de paiement.

Ce que le paiement numérique change n'est pas l'existence de cette économie — elle préexistait — mais sa compatibilité avec le reste. Un dispositif porté par la Banque centrale se retrouve utilisé dans les situations les moins formelles du pays, et cela ne surprend personne sur place.

Pourquoi c'est important

Cela retire un critère de segmentation que beaucoup d'entreprises utilisent sans le dire : équiper ou ne pas équiper selon la formalité supposée d'un acteur. Un acteur non déclaré peut être parfaitement équipé, et donc adressable.

Et cela renverse une prévision d'adoption : si le nombre d'utilisateurs est estimé à partir des acteurs enregistrés, il est faux.

Nuances et limites

S'équiper ne veut pas dire se formaliser : la transaction devient numérique sans que l'activité change de statut.

Et la traçabilité que le numérique introduit est réelle ; elle n'est simplement pas ce qui domine dans l'expérience de ceux qui l'utilisent.

Questions ouvertes

  • Un moyen de paiement traçable finit-il par entraîner une formalisation de l'activité, ou les deux restent-ils durablement dissociés ?