Thèse

Un travail de description s'achève quand l'objet décrit a été énuméré, jamais quand la matière rassemblée est épuisée

Angle

La fin d'un travail de description se prouve depuis l'objet décrit et jamais depuis le travail accompli : « j'ai lu toutes mes sources », « toutes mes fiches se citent entre elles », « chaque pan a été lu partout » établissent qu'on a fini ce qu'on avait commencé, et un produit reste couvert à moitié sous chacune de ces phrases. Ce qui achève une description d'un logiciel, c'est l'énumération de ce logiciel sous plusieurs angles indépendants — ses modules, ses tables, ses événements, ses écrans, son API, ses autres applications, les mots de ses clients — et le constat que plus rien n'y est dans l'état « pas encore regardé ». Le prix de ce déplacement est qu'il faut fabriquer le dénominateur avant de commencer, quand rien n'est encore fait et que la liste coûte cher pour rien, plutôt qu'à l'arrivée, où l'on choisirait le critère parmi ceux qu'on est déjà certain de satisfaire.

Synthèse

Les idées rassemblées ici viennent d'un même chantier — décrire les objets, les règles et le vocabulaire d'un produit logiciel — et elles se répondent sur un point que chacune, seule, ne montre pas : la mesure d'un travail et la mesure de son objet sont deux choses, et tous les dispositifs commodes mesurent la première.

Le contrôle de cohésion referme le réseau de fiches et ne connaît que les fiches ; le moteur de recherche sémantique classe et ne dénombre jamais ; la lecture exhaustive des quatre endroits d'un produit mesure la profondeur et ignore la largeur ; l'agent, enfin, confond rapporter et livrer. Quatre instruments différents, un seul angle mort, et il est structurel : ce qui n'a jamais été produit ne se manifeste nulle part dans ce qui a été produit.

Le remède partagé prend toujours la même forme — fabriquer une liste extérieure au travail, la confronter au travail, et traiter le désaccord entre deux listes comme le renseignement utile. C'est vrai du compteur de couverture, dont le score par angle ne prouve rien mais dont l'écart entre angles désigne où regarder ; c'est vrai du jeu de questions de cadrage, extérieur par construction puisqu'il vient du support ; c'est vrai du compteur à trois états, où seul « pas encore regardé » compte. Et c'est vrai du moment du choix : un critère établi avant que rien ne soit fait est le seul qui ne puisse pas être choisi pour sa commodité.

Tensions / contradictions

Une tension traverse ces notes sans être résolue : l'énumération suppose un objet énumérable. Décrire un logiciel s'y prête — un dépôt a des modules, une base a des tables, une interface a des écrans. Une matière de pensée, un corpus ouvert, un domaine d'enquête n'ont pas de dénominateur, et la thèse y perd son appui : il ne reste que le contrôle de cohésion, celui dont ces notes démontrent l'insuffisance.

Seconde tension, interne au dispositif : le compteur de couverture repose sur un rapprochement de noms qui échoue une fois sur deux, complété par une liste de correspondances écrite à la main. La liste extérieure censée juger le travail contient donc du jugement, et un jugement complaisant gonfle son propre score.

Questions

  • Sur une matière sans inventaire possible, quel dispositif joue le rôle de la liste extérieure sans revenir à une impression de complétude ?
  • Qui, dans une organisation, a mandat pour refuser un critère d'arrêt et rallonger un travail que tout le monde croyait terminé ?
  • Comment établir qu'un angle d'énumération est réellement indépendant d'un autre, avant de traiter leur accord comme une confirmation ?