Idée

Un produit se juge sur la capacité qu'il ajoute au client, pas sur la tâche qu'il exécute

Idée principale

Un module d'audit réglementaire peut être livré de deux façons qui se ressemblent en démonstration. La première exécute la tâche : le client saisit, le module contrôle, la case est cochée. La seconde lui laisse quelque chose qu'il n'avait pas — il comprend ce que la norme exige de lui, il produit des preuves opposables à un auditeur, il s'appuie sur une base de connaissances qu'il n'aurait pas constituée seul. Après usage, il sait faire une chose de plus.

C'est une troisième direction de la connaissance client, à côté de ce qu'une entreprise sait sur ses clients — segments, contraintes, obligations — et de ce qu'elle apprend d'eux — récits, objections, contournements. La connaissance peut aussi repartir vers eux, sous forme de capacité restituée par le produit.

Kathy Sierra a donné la formule dans Badass: Making Users Awesome : « Ne construisez pas de meilleurs appareils photo ; construisez de meilleurs photographes. » La qualité se constate alors chez l'utilisateur, pas dans le produit.

Pourquoi c'est important

Cela donne un critère de comparaison là où deux produits sont à parité fonctionnelle. Quand la liste des fonctions se recouvre, ce qui reste à départager est ce que chacun rend son client capable de faire, et cela ne s'aligne pas dans un tableau comparatif.

Cela ouvre aussi une sortie produit à un capital de connaissance qu'on justifie d'ordinaire par la priorisation. La matière accumulée sur un métier — ses obligations, ses pièges, ses pratiques — peut être rendue au client dans le produit, et pas seulement servir à décider quoi construire.

Nuances et limites

Le critère ne vaut pas partout. Certaines briques sont conçues pour ne rien demander ni rien apprendre à personne : un service d'authentification, une passerelle de paiement, une sauvegarde. Leur réussite est de rester invisibles, et la capacité ajoutée y serait une nuisance.

Rendre capable se retourne aussi, parfois : un client qui comprend son propre sujet devient capable de le traiter autrement, y compris sans le produit.

Et la capacité ajoutée se mesure mal, là où la tâche exécutée se constate — ce qui la rend difficile à défendre devant une direction qui compare des périmètres fonctionnels.

Questions ouvertes

  • Comment un appel d'offres, qui s'exprime en fonctions attendues, peut-il porter une exigence de capacité ajoutée sans la retraduire aussitôt en liste de fonctions ?